Le site collaboratif des cités : Busserine, St Barthélémy 3, Picon, Le Mail, Les Flamants, Iris, Font-Vert et Benausse.

AKIM AHMADA « je suis sincère dans ce que je fais ; l’Art est essentiel dans ma vie ».

Une enfance singulière

Akim Ahmada, est né le 30 septembre 1996, troisième enfant de Mohamed, éboueur à la ville de Marseille, et de Karima Ahmada.

Enfant, Il habite à Frais Vallon. A quatre ans ½ les parents se séparent. Akim est placé dans un foyer à Gap. Très rapidement, le dessin est pour lui une passion. Il est à la montagne avec ses sœurs, puis à 6 ans il retourne vivre chez son père installé à la Busserine.

Il découvre l’orthophonie à Gap en CP pour faire face à ses difficultés d’apprentissage.

A l’école primaire de la Busserine, Il se souvient qu’il a été un enfant lent et rêveur .

En CE1, Akim aime déjà la poésie. Il se rappelle de ses premières victoires. Il fait partie des trois élèves sur vingt-cinq, qui connaissent « Sous la pluie » de Maurice Carême. Il aime les jeux de constructions, les legos, le foot ball.

En CM1, Akim devient plus expressif mais aussi plus agité. Mme Braique l’institutrice lui dit que malgré cette agitation, il demeure l’un des meilleurs élèves de sa carrière.

Le CM2 est une année particulière, il est dans une classe double CM1/CM2. Il est un peu le grand frère des CM1 et reste un élève moyen.

Pendant son primaire, il fréquente le Comité Mam’Ega et se souvient encore de Claire. Il apprécie l’illustration d’ouvrage, les ateliers de travaux pratiques (pâtes à modeler, poterie, peintures…). C’est l’année de passage du livre de bandes de dessins aux bandes dessinées. Il participe aux illustrations des ouvrages de Mam’y lit et s’engage dans le soutien de la rédaction.

Il est très imaginatif. Il s’aperçoit qu’il délaisse les livres de lecture pour les livres d’images.

Patrick Housseini, animateur du quartier, lui donnera l’envie de jouer au foot ball en Club. La « folie du football » comme il dit , deviendra l’une de ses passions. il la nourrira avec la coupe du monde de 2006.

Il suit,l’école coranique avec Ibrahim au Maïl, puis avec Mohammed et Mahrmoud à la Busserine. Il participe aux tournois inter-écoles Coraniques, « les Madras ». Il arrive en finale lors de sa première compétition.

En 2003 il se lie d’amitié avec Abdou « latino »

Le diamant de mon histoire c’est le dessin : c’est ce que mon père a toujours respecté en moi

2005 : ses matières de prédilection sont les matières artistiques, les arts appliqués, l’histoire de l’Art, l’ histoire la géographie et la rédaction. Cela lui offrait la possibilité de donner libre cours à son imagination. En mathématiques, il aimait surtout la géométrie. Les formes géométriques lui permettaient d’illustrer des situations imaginaires.

2007, la 6ème au Collège Pythéas, avec la pression de son père pour sa scolarité. Cette année se déroule avec beaucoup d’inquiétude et de stress pour Akim. Il commence difficilement son année et ne se motive vraiment qu’au 3ème trimestre. Il a 14,7 de moyenne.

Il est influencé par la musique de Soprano, surtout après le clip de « Hella, hella » par son flow, son ambiance, sa voix son énergie.

Akim écrit un texte sans qu’il y ait du sens. Il joue avec les mots et jongle avec les onomatopées. Ce sont les premiers mots qui sortent de son imaginaire.

Cette année est importante pour lui, celle :

  • de son premier voyage aux Comores
  • des retrouvailles avec sa mère et de la connaissance avec son demi frère .
  • de la création de son Blaz, MNZO c’est son nom de scène. « NZO » 
  • de son premier émoi amoureux

Il se sent plus mature face à toutes les événements de sa nouvelle vie. Avec talent il aborde le chant, puis le dessin avec Abou et le foot avec Patrick. Il écrit des textes.

Akim rencontre Anne Marie Tagawa, un travailleur social incontournable sur le quartier. Il prend conscience que le monde n’est pas parfait.

En 2009, son père le punit de foot, au regard de ses résultats scolaires. De la 5ème à la 3ème il est joueur et comique. En 3ème - D.P. 6 - découverte du milieu professionnel 6 heures par semaine. Tous les vendredi il se rend dans un lycée professionnel (la Calade, la Floride, l’Estaque, le Châtelier). Il découvre : la mécanique auto ou bateau, chauffeur livreur, la couture, le secrétariat, la comptabilité ou la chimie industrielle.

Il participe à un atelier auto-portait avec Anne Alic.

Il joue au football à Frais Vallon, va tous les soirs à la mosquée. Il écrit des textes et chante avec Daouda, il fume la chicha avec ses amis.

Il finit en classe de troisième avec un niveau scolaire très moyen et obtient son brevet avec mention, ce qui lui donne la possibilité de choisir son orientation. Il passe une sélection et sera 15éme sur 150 candidats, puis aux tests il est 1er sur les 50 sélectionnés.

2011, il suit un Atelier vidéo à l’Agora avec Farouk.

N’zo et Ali la légende

C’est cette même année qu’il est inscrit au lycée Léonard de Vinci, dans le 7éme arrondissement, au Vieux Port.

Il choisit les métiers d’Art. Dans cet établissement il est bien loin de ses repères du quartier. Il découvre une nouvelle population, de toutes confessions, il est le seul noir de sa classe. Il se considère différent dans son quartier comme au lycée, il prend conscience de sa personnalité et de sa différence, il sait se faire accepter.

Il abandonne le RAP pour des raisons personnelles et se consacre davantage au dessin et au football.

Il est dans une section d’élite malgré son niveau moyen, il se sent à l’aise en histoire de l’Art et en Arts Plastiques. Mais il fréquente plus les élèves de la section Technicien d’Usinage, car c’est la classe la plus décalée. Il n’y a que des noirs et des maghrébins, plus prés de ses valeurs identitaires, religieuses, communautaires, et culinaires.

C’est le deuxième plus jeune élève de sa classe. Il est conscient du décalage dû à son âge mais également au niveau des centres d’intérêts.

Il reprendra la lecture en 2012, il lit des journaux et n’a plus de problèmes de lecture. Cependant, il reprend l’orthophonie pour répondre à ses difficultés de formulation et de présentation.

Il est en première. Il a tout arrêté pour se consacrer à sa scolarité, mais il n’oublie pas que pour lui, l’Art est essentiel, le dessin est ce qui lui a permis d’être reconnu par son père.

C’est à onze ans qu’il crée ses premiers personnages Enzo puis Ali la légende. C’est là que tout a commencé, tout ce qui c’est passé avant n’a pas compté. Il sait que chaque groupe social a ses propres références et ses valeurs. Pour lui c’est le chant et le dessin.

« Mon objectif, c’est d’avoir le bac et de quitter Marseille ». Akim souhaiterait travailler en coopération. Il rêve de partir en Angleterre puis au Brésil. Il est convaincu que d’avoir une passion dans sa vie c’est un plus. Cela peut transformer toute une vie, « cela nous élève » dit-il.

Souhaitons lui une bonne et longue route.

Texte : JP Ega